UBS : Sergio Ermotti alerte sur le déclin européen causé par une “sur-réglementation généralisée”
UBS : Sergio Ermotti alerte sur le déclin européen causé par une “sur-réglementation généralisée”
Ce qu’il faut retenir :
Sergio Ermotti, l’un des dirigeants les plus influents de la finance européenne, tire la sonnette d’alarme. Le CEO d’UBS estime que le continent est enfermé dans un déclin structurel alimenté par l’excès de réglementation, l’absence de croissance et un écart de productivité croissant avec les États-Unis et l’Asie.
UBS chief executive, Sergio Ermotti, shares his views on market complacency about the war in Iran in an interview with FT editor, Roula Khalaf. https://t.co/mkbO8jnPpf pic.twitter.com/nGRyFJdEcf
Dans un entretien vidéo avec le Financial Times, Ermotti a dressé un diagnostic sévère.
Si la sur-réglementation ne concernait que la banque, on pourrait probablement vivre avec. Nous avons une sur-réglementation généralisée. C’est le vrai problème. La quantité de bureaucratie, le manque d’innovation, c’est un fait.
Il estime qu’il faudrait une “crise très profonde et douloureuse”, comparable à la crise de la dette grecque de 2012, pour contraindre les dirigeants européens à affronter le problème. “Tant que les gouvernements promettent de régler les problèmes avec des impôts plus élevés, plus de dette et plus de relance budgétaire, aucun politicien ne sera élu en demandant aux gens de faire des sacrifices.”
Ses propos font écho à ceux de Jamie Dimon (JPMorgan), qui avait déclaré l’an dernier que l’Europe “perdait” la course face aux États-Unis et à la Chine.
Ermotti s’exprimait alors qu’UBS est engagé dans un conflit avec les autorités suisses sur les réformes bancaires post-Credit Suisse. Le paquet réglementaire obligerait UBS à augmenter son capital de 20 milliards de dollars, une exigence que le dirigeant juge “disproportionnée, non ciblée et non alignée sur les standards internationaux”.
“Nous ne pouvons pas avoir une exigence supérieure de 50 % à celle de nos concurrents”, a-t-il déclaré. Le gouvernement suisse a assoupli une partie du paquet le mois dernier mais maintenu ses demandes principales. Le dossier sera débattu au Parlement, et Ermotti se dit “optimiste” quant à une réduction de l’impact.
Interrogé sur un éventuel transfert du siège d’UBS hors de Suisse, Ermotti a évité de fermer la porte. “Notre priorité est de garantir qu’UBS puisse continuer à opérer depuis la Suisse avec succès. Nous n’envisageons pas d’autre option”, a-t-il répondu, tout en ajoutant que le conseil d’administration avait le “devoir fiduciaire d’examiner toutes les options potentielles”.
UBS a tenu des discussions sur un transfert aux États-Unis si les propositions de capital n’étaient pas assouplies, avait rapporté le FT. L’investisseur activiste Cevian Capital a estimé que la banque n’aurait “pas d’autre option réaliste” que de quitter le pays si les réformes n’étaient pas réduites.
Ermotti a également averti d’un “haut degré de complaisance sur les marchés financiers”, déjà présent avant le début du conflit au Moyen-Orient en février. Il a qualifié les difficultés récentes du secteur du crédit privé de potentiellement “systémiques”, tout en les distinguant de la crise financière de 2008.
Le dirigeant, qui fêtera ses 66 ans la semaine prochaine, a laissé ouverte la possibilité de rester à la tête d’UBS au-delà de 2028, malgré un engagement initial de trois à cinq ans lors de son retour en 2023.
Le débat parlementaire suisse sur les exigences de capital déterminera si UBS reste en Suisse ou concrétise ses menaces de départ. À l’échelle européenne, les avertissements d’Ermotti rejoignent un chœur grandissant de dirigeants financiers qui pointent le décrochage réglementaire du continent.
Alors que les États-Unis assouplissent les contraintes pour attirer les entreprises d’IA et de crypto, et que l’Asie investit massivement dans les semi-conducteurs, la capacité de l’Europe à inverser la tendance sans crise majeure reste une question ouverte.
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Auteur : Alex LeRoux
Date de publication : 08 May 2026