Et si Bitcoin avait tort ? – Comparatif entre Bitcoin et Monero
Et si Bitcoin avait tort ? – Comparatif entre Bitcoin et Monero
L’idée dans cet article est de confronter certains choix de la conception de Bitcoin à ceux de Monero, il n’est pas question de dire que Monero c’est mieux, mais plutôt de relativiser certains aspects de Bitcoin.
Bitcoin est pseudonyme avec une transparence des transactions puisqu’elles sont publiques, tandis que Monero est totalement anonyme comme l’illustre ce meme :
Ces choix de conceptions influencent notre comportement. En effet vous n’avez pas le même comportement selon que vous êtes visible aux yeux de tous ou caché. En 2026, c’est Monero le crypto-actif le plus utilisé sur le dark web, comme Bitcoin le fut à ses débuts.
De plus, ces choix de conceptions influencent aussi d’autres caractéristiques telles que la fongibilité. En effet, la question de l’anonymat est d’autant plus importante qu’elle est liée à la fongibilité, car est-ce qu’un jeton a la même valeur que les autres si l’on sait que dans le passé il a été lié à des transactions illégales ?
Le caractère anonyme de Monero est la raison principale de son bannissement de la majorité des plateformes d’échange, tandis que le caractère pseudonyme (et relativement traçable) de Bitcoin est peut-être une des raisons pour lesquels il est toléré par les institutions.
Dans la pratique il est possible d’anonymiser ses bitcoins mais c’est beaucoup plus complexe que sur Monero qui est anonyme par défaut, comme illustré sur ce meme :
D’un autre côté le réseau Lightning permet un certain anonymat, or pour des raisons techniques (taille de canaux) le réseau Lightning est plutôt destiné à effectuer des transactions de « petits » montants. Les Silent Payment permettent aussi de faire des transactions anonymes sur Bitcoin et cela pour tout montant, or cette fonctionnalité rajoute une couche de complexité à l’utilisation de Bitcoin de manière anonyme.
Enfin, un des désavantages du caractère anonyme de Monero est que la vitesse de synchronisation des portefeuilles Monero (pour connaître le solde) est beaucoup plus longue.
Remarque : l’altcoin Bitcoin Dark (créé en 2013) est une version anonyme de Bitcoin. Le hard fork Bitcoin Private (crée en 2018) propose comme Zcash de masquer les transactions.
« Il n’y en aura que 21 millions », est-ce vraiment un argument imbattable ?
Monero a une inflation infinie dans le sens où il y aura une infinité de jetons Monero émis, or le poids de cette inflation tend vers 0. En effet, le poids marginal de l’inflation annuelle de Monero tend vers 0 comme l’illustre cette équation :
Cela ne veut pas dire que l’inflation de Monero tend vers 0 mais que son poids marginal par rapport à la quantité de Moneros en circulation tend chaque année un peu plus vers 0.
L’inflation, certes, dilue la valeur des possesseurs de jetons mais cela permet aussi aux personnes n’en possédant pas de pouvoir en acquérir pour moins cher que si c’était en quantité finie. Dans le cas du Monero, il sera de plus en plus cher d’en posséder chaque année, mais cela sera toujours moins difficile que pour Bitcoin dont la rareté des jetons est absolue.
Sur le très long terme (après 2140), cet argument d’une inflation infinie mais dont le poids marginal de l’inflation tend vers 0 pourrait être un argument séduisant pour les générations à venir qui ne se sentiraient pas exclues de ne pas avoir été parmi les « early adopters » tout en étant certains que leur pouvoir d’achat sera valorisé.
Remarque : il n’existe pas de hard fork de Bitcoin « sérieux » (avec un minimum d’adoption) ayant remis en cause la notion limite d’émission (à 21 millions ou 210 millions pour Bitcoin Diamond).
Déjà qu’est-ce qu’un ASIC ? Un ASIC (Application-Specific Integrated Circuit) est un circuit intégré conçu pour des applications spécifiques, contrairement aux circuits intégrés classiques comme les microprocesseurs qui sont polyvalents. Les ASIC sont généralement utilisés dans des dispositifs qui nécessitent des performances optimales pour des tâches précises.
Monero tente d’être « ASIC résistant » c’est-à-dire que son algorithme RandomX est conçu de manière à ce que la profitabilité marginale du minage de Monero ne soit pas optimisable par une puce spécialisée (comme un ASIC). Les algorithmes « ASIC résistant » sont souvent conçus pour être plus exigeants en matière de mémoire ou de puissance de calcul, ce qui rend le développement d’ASIC moins rentable.
L’ASIC résistance limite la centralisation du minage car le bénéfice marginal des économies d’échelle est limité par l’impossibilité d’avoir des ASIC, c’est-à-dire des puces plus optimisées que d’autres appareils. Bien sûr, avec le minage de Monero, il est toujours question de hashrate et plus votre appareil de minage (CPU ou GPU) est puissant plus vous minez efficacement, mais l’impossibilité d’optimiser des puces limite le bénéfice marginal d’éventuelles fermes de minage Monero. Dans la pratique il existe des ASIC pour Monero mais ces derniers ne sont pas aussi rentables que leurs équivalents Bitcoin.
Le grand argument pour l’ASIC résistance est que ce dernier limite la centralisation du minage rendant ce dernier plus démocratique dans le sens où le minage serait moins spécialisé et moins élitiste. En revanche, dans la pratique le réseau de minage dans bitcoin est plus sécurisé que dans Monero, car à l’inverse dans Bitcoin le minage est peut-être plus centralisé mais sa consommation d’énergie est aussi plus conséquente rendant le coût d’une attaque plus élevé. Cela s’explique aussi par le fait que l’ASIC résistance participe à rendre le minage de Monero moins rentable et donc moins industrialisable.
Remarque : Le Bitcoin Gold (un fork de Bitcoin de 2017), qui est « ASIC résistant », a subi deux attaques à 51 %, en 2018 et 2020.
La politique d’émission du Bitcoin est la suivante, tous les 210 000 blocs (environ 4 ans) la vitesse d’émission de bitcoins par blocs est divisée par deux. La politique d’émission de Monero est décroissante de manière progressive de 2014 à 2022, puis constante (0,6 Monero par bloc).
Ci-dessous un graphique des vitesses d’émissions de Bitcoin et Monero de 2019 à 2030 :
L’avantage de la politique d’émission de Monero comparé à Bitcoin est qu’il n’y a pas de rupture brutale de la vitesse d’émission et donc moins de capitulation de la part des mineurs, d’autant que les débats sur le « security budget » de Bitcoin (l’incitation des mineurs à continuer de miner si leur rentabilité baisse) sont inexistants dans la communauté Monero.
D’un autre côté, si l’on considère que le halving de Bitcoin est la raison de la montée de son prix tous les 4 ans, alors il faut reconnaître qu’il n’y a pas dans Monero de mécanisme similaire incitant à la montée de son prix.
Si Bitcoin peut s’anonymiser, cela est incontestablement plus simple avec Monero. Si la rareté de Bitcoin sur le long terme est absolument déflationniste, celle de Monero est ne l’est pas mais tend à le devenir. Bitcoin est ASIC compatible, ce qui tend à centraliser le réseau de minage mais aussi à le rendre plus résistant, Monero est ASIC résistant, ce qui tend à décentraliser son minage mais le rend plus vulnérable à une attaque 51 %. Bitcoin a une politique de division par deux brutale de sa vitesse d’émission ce qui favorise des capitulations de mineurs, tandis que Monero a une vitesse d’émission constante ce qui laisse une certaine stabilité pour les mineurs.
Pour autant, si Monero surpasse techniquement Bitcoin en tant qu’outil transactionnel anonyme, c’est aussi ce « trou noir » informationnel qui l’exclut de la catégorie des réserves de valeur mondiales. En privilégiant l’opacité absolue, Monero se prive de la confiance des régulateurs et des investisseurs institutionnels, laissant à Bitcoin le monopole du « Standard Or Numérique » dont la transparence est paradoxalement devenue le meilleur gage de sécurité pour les grands capitaux.
Une ironie savoureuse qui ne manquera pas de faire grincer les dents des cypherpunks et des contempteurs du système financier : si la valeur de leurs portefeuilles a explosé, ce n’est pas grâce à l’effondrement des États, mais bien grâce à leur approbation implicite. C’est le paradoxe ultime du Bitcoiner insurgé : pour que son « bag » atteigne la lune, il a fallu attendre que BlackRock installe la rampe de lancement et que les régulateurs délivrent le permis de vol. En somme, la richesse des plus radicaux repose aujourd’hui sur l’adoption de Bitcoin par ceux qu’ils rêvaient de rendre obsolètes.
Au final, peut-être que Bitcoin et Monero sont complémentaires puisqu’ils ne répondent pas aux mêmes usages.
Thomas Mang, ancien doctorant au CEA de Grenoble, est ingénieur en Photonique depuis 2017. Passionné par les technologies du numérique (l’impression 3D, Bitcoin), il s’y intéresse non pas à travers le prisme des « sciences dures » mais par les sciences humaines : l’histoire ou l’anthropologie.
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Auteur : Thomas Mang
Date de publication : 21 March 2026