Bitcoin et idéologies

Bitcoin et idéologies

Dans cet article, il sera question de Bitcoin et de politique. L’idée est de traiter Bitcoin à travers différentes grilles de lecture. Cet article fera également référence à d’autres crypto-actifs, car la comparaison de Bitcoin avec ces derniers est essentielle pour mieux le comprendre.

Bitcoin est une entité complexe ayant plusieurs aspects. Il est donc difficile de l’affilier à un courant politique en particulier. Néanmoins, certains courants y font écho, dont les suivants :

Le libertarianisme : Bitcoin est souvent considéré comme un outil clé pour les libertariens, qui prônent la réduction de l’intervention gouvernementale. Sa décentralisation permet de contester le contrôle étatique sur la monnaie et ouvre la voie à une plus grande liberté et responsabilité individuelle.

L’anarchisme : Dans certains cercles anarchistes, Bitcoin est vu comme un moyen de créer des structures économiques en dehors du cadre de l’État. Cette vision anticipe une société où les échanges se font librement entre individus, sans intervention d’une autorité centrale. D’une manière générale, les États autoritaires (de gauche comme de droite) n’apprécient pas Bitcoin.

L’économie collaborative : Bitcoin est également apprécié par ceux qui soutiennent des alternatives à l’économie capitaliste traditionnelle. Ses partisans y voient un moyen de redéfinir la propriété et la valeur, en créant un système plus accessible et équitable. L’open source et les mouvements libristes sont compatibles avec Bitcoin. Mark Alizart évoque également le « crypto-communisme », bien que ce concept n’ait pas rencontré un franc succès.

Le techno-solutionnisme et le transhumanisme : certains se concentrent sur la dimension technologique de Bitcoin, le considérant comme une avancée favorisant le progrès des sociétés.

Bitcoin est à la croisée de ces différents courants idéologiques. Il met l’accent sur la responsabilité individuelle tout en étant le fruit d’un réseau collectif d’individus qui ne se connaissent pas. Cette grille de lecture permet de situer partiellement Bitcoin (décentralisé et ouvert), mais elle reste imparfaite.

Le compas politique est souvent utilisé pour situer des entités (personnalités, partis politiques, mouvements culturels). Ici, il s’agit de positionner Bitcoin, certains crypto-actifs et les MNBC. Le compas politique comporte deux axes : autoritaire/libertaire (assimilé ici à centralisé/décentralisé), gauche/droite (assimilé ici à inflationniste/déflationniste). Ci-dessous, le compas politique pour Bitcoin, quelques crypto-actifs et les MNBC :

Bitcoin étant décentralisé (nœuds et minage) et déflationniste (21 millions maximum et une baisse de la vitesse d’émission tous les 4 ans), est situé en bas à droite chez les libertaires de droite (libertariens). Monero est décentralisé (nœud et minage) ayant une politique à la fois inflationniste (inflation infinie), mais dont le poids relatif baisse est en bas au milieu. La Ğ1 (June) étant décentralisée (les nœuds le sont) et très inflationniste, est en bas à gauche chez les libertaires de gauche (anarchistes). Ethereum, moins décentralisé et avec une politique d’inflation fluctuant de façon arbitraire, se retrouve au milieu chez les centristes. Ripple, centralisé autour d’une fondation et une politique déflationniste (100 milliards dont une majorité pré-minés), se situe en haut à droite. Les MNBC, par définition centralisées autour d’une banque centrale dont la politique est purement inflationniste, sont en haut à gauche chez les autoritaires de gauche (les communistes bureaucratiques).

Ainsi, avec la grille de lecture du compas politique autoritaire/libertaire (centralisé/décentralisé) et gauche/droite (inflationniste/déflationniste), Bitcoin est une monnaie libertarienne.

Une autre grille de lecture consiste à classer Bitcoin et les crypto-actifs selon leur gouvernance : qui décide des évolutions du protocole et comment. Ci-dessous la classification des 30 crypto-actifs les mieux notés par Coingecko (en 2020) en fonction de leur famille de gouvernance :

En matière de gouvernance des crypto-actifs, on distingue trois grandes catégories :

Mais comment ces différents modes de gouvernance procèdent-ils pour décider d’un changement de consensus ?

L’Autocratie : Dans l’autocratie, les modifications du protocole sont pilotées par le sommet de la pyramide hiérarchique (la fondation ou l’entreprise émettrice). C’est un mode de gestion vertical. Il arrive que cette entité impose un changement de protocole via un fork (fourche) du réseau.

La Ploutocratie : Ici, les changements sont adoptés au prorata de la détention de jetons ; il s’agit d’une sorte de suffrage censitaire proportionnel au capital. Exemple : Pour le crypto-actif Dash, n’importe qui peut soumettre une proposition de changement. Cependant, celle-ci ne sera opérationnelle que si les « masternodes » (nœuds maîtres) l’acceptent. Or, pour devenir un « masternode », il est nécessaire de posséder au moins 1 000 Dash.

La Méritocratie : Dans ce modèle, le mécanisme du fork permet de trancher les désaccords sur le consensus. C’est notamment ce qui s’est produit durant la « guerre des blocs » de Bitcoin (2015-2017), qui a vu l’émergence de Bitcoin Cash suite à un hard fork. Après une telle scission, ce sont les mainteneurs du réseau (opérateurs de nœuds et mineurs) qui choisissent la version du protocole pour laquelle leurs machines vont travailler.

Bitcoin se situe à la croisée de plusieurs idéologies : libertarianisme, anarchisme, économie collaborative et transhumanisme. Sur un compas politique, il apparaît comme une monnaie libertarienne, avec une gouvernance méritocratique non élective. Bien qu’il soit difficile de le classer politiquement avec précision, son caractère décentralisé, auto-géré et pair-à-pair constitue son dénominateur commun.

Thomas Mang, ancien doctorant au CEA de Grenoble, est ingénieur en Photonique depuis 2017. Passionné par les technologies du numérique (l’impression 3D, Bitcoin), il s’y intéresse non pas à travers le prisme des « sciences dures » mais par les sciences humaines : l’histoire ou l’anthropologie.

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Auteur : Thomas Mang

Date de publication : 10 April 2026

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