Bitcoin contre le techno-féodalisme

Bitcoin contre le techno-féodalisme

Cet article a pour but de traiter du concept de techno-féodalisme et de voir en quoi Bitcoin et les technologies du libre et de l’open source sont pertinents pour s’émanciper numériquement.

Le concept de techno-féodalisme désigne une organisation sociétale où une poignée de géants technologiques exercent un pouvoir comparable à celui des seigneurs médiévaux. En contrôlant l’accès aux infrastructures vitales de notre quotidien, ces acteurs imposent leurs règles et captent la valeur économique à travers un système de rente moderne. En pratique, cette dynamique repose sur plusieurs piliers fondamentaux :

Cette féodalité numérique s’illustre concrètement à travers quatre grands monopoles :

Le concept de techno-féodalisme présente toutefois certaines limites. L’analogie avec le féodalisme médiéval n’est pas parfaite, dans la mesure où les acteurs dominants du numérique ne se contentent pas d’exploiter des positions acquises : ils demeurent également les principaux moteurs de l’innovation technologique. Les grandes entreprises technologiques, qu’il s’agisse des GAFAM ou d’acteurs comme Elon Musk et Sam Altman, investissent massivement dans la recherche et le développement afin de créer de nouveaux produits, services et infrastructures.

Néanmoins, si l’on admet que le concept de techno-féodalisme décrit utilement certaines dynamiques de concentration du pouvoir dans l’économie numérique, une question demeure : quels outils permettraient de réduire cette dépendance aux grandes plateformes et infrastructures centralisées ? Autrement dit, comment favoriser l’émergence d’un écosystème numérique plus ouvert, plus décentralisé et plus proche d’une forme de « techno-république » ou de « techno-démocratie » ?

Durant l’Ancien Régime, les seigneurs étaient tentés de faire n’importe quoi avec la monnaie, c’est notamment ce qui s’est passé sous la Régence de Philippe d’Orléans avec les billets papier de John Law en 1716-1720. Durant cet épisode, tous ceux qui avaient mis leur fortune dans les billets de banque et les actions de la Compagnie du Mississippi ont été ruinés, car les billets et les actions ont été émis en abondance, en revanche, ceux qui avaient de l’or ont conservé leur fortune.

Remarque : Durant la Révolution française en 1791 les assignats sont une autre expérience de monnaie fiduciaire en France qui se solda par un échec retentissant.

Comme le résume cette citation apocryphe souvent attribuée à Voltaire, « une monnaie papier, basée dans la seule confiance dans le gouvernement qui l’imprime, finit toujours par retourner à sa valeur intrinsèque, c’est-à-dire zéro. »

Ainsi, de nos jours, par analogie, un actif que l’on peut imprimer à volonté (monnaie ou action) peut perdre toute sa valeur du jour au lendemain, tandis qu’un actif par essence limité, tel que le bitcoin, préserve la valeur dans le temps sur le long terme.

De plus, Bitcoin a l’avantage d’être décentralisé/distribué, ce qui garantit que sa quantité maximale (21 millions) ne peut être changée.

Certains diront que les détenteurs de bitcoins ont bien intérêt à ce que ce dernier soit un outil d’émancipation (pour faire gonfler le prix et s’enrichir…), cela dit, l’alternative à Bitcoin (blockchain distribuée à preuve de travail sans fondation) concrètement c’est Monero. Cependant, l’émission monétaire de Monero n’est pas plafonnée, ce qui en fait un moins bon rempart contre l’inflation.

D’une manière générale, les autres crypto-actifs ne sont soit pas assez décentralisés, soit dirigés par des fondations (donc un vecteur de corruption) pour être des actifs anti-inflation.

Bitcoin est l’antagoniste du techno-féodalisme :

S’émanciper numériquement, c’est reprendre le contrôle de sa vie numérique en remplaçant les outils des géants de la Tech par des alternatives libres et souveraines. C’est utiliser Tor, un VPN non-KYC tel Mullvad ou un mixnet tel Nym pour surfer sur le net, c’est utiliser des navigateurs tels que Brave ou LibreWolf, c’est privilégier des réseaux sociaux tels que Nostr au lieu de X, c’est utiliser des systèmes d’exploitation tels que Linux ou BSD au lieu de Windows ou Mac. De plus, avec des serveurs personnels tel qu’Umbrel ou Start9, vous pouvez avoir votre mini data center privé à la maison sur lequel vous pouvez auto-héberger des blockchains telles que celles de Bitcoin ou Monero et même vos données personnelles en général avec Nextcloud.

Bref, il existe dans le monde du libre et de l’open source des solutions concrètes pour vous permettre de vous émanciper des infrastructures numériques techno-féodales.

En supposant que nous vivions dans une forme de techno-féodalisme, c’est-à-dire sous l’emprise de quelques « techno-seigneurs » exerçant un contrôle sur des infrastructures numériques essentielles (centres de données, magasins d’applications, services cloud, etc.), il demeure possible de s’en émanciper, autrement dit de s’affranchir de ce « techno-servage ». En matière monétaire, Bitcoin et son réseau décentralisé de nœuds constituent déjà une alternative éprouvée. Plus largement, le monde du logiciel libre et de l’open source offre des solutions permettant de réduire sa dépendance aux grandes plateformes, qu’il s’agisse des systèmes d’exploitation, des navigateurs web, des réseaux sociaux ou encore des services d’hébergement.

Thomas Mang, ancien doctorant au CEA de Grenoble, est ingénieur en Photonique depuis 2017. Passionné par les technologies du numérique (l’impression 3D, Bitcoin), il s’y intéresse non pas à travers le prisme des « sciences dures » mais par les sciences humaines : l’histoire ou l’anthropologie.

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Article sous licence CC BY-NC – Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale

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Auteur : Thomas Mang

Date de publication : 10 July 2026

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